THÈME

La 3e Biennale de Montréal a pour thème « La vie, c'est la vie ! Plaisirs, Passions, émotions »

« La vie, c'est la vie », dit sur un ton résigné, laisse entrevoir une position stoïque. La même affirmation sur un ton optimiste suggère plutôt, au quotidien, une attitude hédoniste. Nous sommes ici partagés entre stoïcisme et hédonisme, entre acceptation et changement, entre raison et émotion.

Edgar Morin affirme : « Raison et émotion sont inséparables. J'ai toujours travaillé sur les sujets qui m'ont d'abord passionné. Lorsque j'écris une oeuvre importante, je suis comme un haut-fourneau, j'ai besoin d'une forte combustion amoureuse. La qualité poétique de la vie est donnée par l'affectivité, par tout ce que nous vivons dans l'émotion, la liesse, la jouissance. J'aime la fête des cinq sens! Mais chacun comporte son risque d'erreur. Prenez la vue, le risque, c'et l'hallucination. L'important, c'est de contrôler les messages de nos sens. Je me fie plutôt à ma capacité d'auto examen, cette vertu pratiquée par Montaigne, qui reste sous-estimée. »

Sur un autre registre, Pierre-Elliott Trudeau, d'écrit par plus d'un comme un stoïque, a lancé un jour : « Reason over Passion » (La raison avant la passion), ce à quoi, l'artiste Joyce Wieland lui a répondu « Passion over Reason » (La passion avant la raison) à travers une oeuvre célébre aujourd'hui au Musée des beaux-arts du Canada.

Conscients des grandeurs et des misères de la condition humaine, nous devons nous garder de nourrir trop d'espoirs afin de ne pas être constamment déçus. Mais sans plaisirs, sans passions ni émotions, quelle serait notre raison de vivre ? Convient-il de toujours se retenir afin d'éviter les excès ?

Pour cette biennale, nous avons mis l'accent sur des témoignages individuels, sur des artistes dont le travail parle de la vie, celle qui est vécue en privée et celle qui est partagée en société. Les artistes y dévoilent leurs rapports à autrui et leurs engagements sociaux. Ils avouent leurs plaisirs, leurs passions, leurs émotions. Sans être totalement autobiographiques ni relever du journal intime, les oeuvres n'en restent pas moins directement reliées à leur auteur. Elles portent les marques de moments précis d'existence. Elles arborent des signes porteurs de sens. Pour ces artistes, la vie ne saurait être réduite à un bien consommable. Elle est plutôt une réalité douce et amère. Par les oeuvres, le privé rejoint le public à travers un geste intime.

Stoïcisme et hédonisme semblent généralement et constamment se côtoyer : d'un côté, c'est l'acceptation et le courage fatalistes et volontaristes qui s'affirment ; de l'autre, c'est l'immense besoin de trouver sa satisfaction dans les cinq sens à l'origine des plaisirs cérébraux. Herbert Marcuse, paraphrasant Hegel, concluait : « Derrière la forme esthétique, on trouve l'harmonie de la sensualité et de la raison ».

À ce thème proposé aux artistes, est venu se greffer un médium qui s'avère d'actualité en art contemporain : le dessin. Il peut être simple ou composite, fait à l'encre ou au fusain ou encore à la mine de plomb ; le dessin peut occuper de minuscules feuilles de papier ou s'étendre à même un large mur ; il peut prendre la forme d'une installation tridimensionnelle ou d'un transfert sur bande vidéo.

Ces dernières années, le dessin s'est donc métamorphosé : il déborde le carnet de l'artiste, il prend de l'ampleur et du volume, il se mélange à la peinture, il devient sculpture. Souvent réduit à des moyens rudimentaires et « pauvres », il se rapproche, en ce qui a trait à l'esprit et à l'attitude des artistes, aux oeuvres de l'Arte Povera des années 1960. Aujourd'hui l'artiste trouve dans la pratique du dessin un outil d'autonomie et d'indépendance face aux moyens ambitieux et coûteux des productions-installations cinématographiques et vidéographiques des dernières années.

D'un thème qui porte sur l'individu et d'un médium qui permet à celui-ci l'exercice de la solitude de la production, nous obtenons, rassemblées ici, des oeuvres éloquentes.

D'une façon exemplaire, Betty Goodwin s'impose par l'émotion que rendent les corps silencieux et écorchés qui habitent ses oeuvres. Ce sont des êtres en passage, émergeant de la terre, flottant entre deux eaux, reliés les uns aux autres dans des positions contraires, ne sachant trop ce qui les réunit. Un lourd silence les habite.

Chez d'autres artistes, la narration tient une place majeure - les personnages et les objets établissent des relations qui développent des récits tantôt durs, tantôt humoristiques. Ces oeuvres surgissent du quotidien, rappellent une scène vécue ou observée, transformée ici au gré d'une imagination en folie ou d'un fantasme secret.

Tous les artistes n'ont pas retenu pour cette exposition le médium du dessin. Toutefois, certains n'hésitent pas à dire qu'ils conçoivent la peinture et la photographie dans l'esprit du dessin. Cela dit, ils partagent le thème commun de la Biennale de Montréal.

Claude Gosselin
Commissaire de la 3e Biennale de Montréal

VITRINE



LES ARTISTES

Connaissez-vous les artistes invités de la Biennale de Montréal?

 

 



ART WEB

10 artistes Web à la Biennale de Montréal

 

 



BETTY GOODWIN

Un hommage rendu
à la célèbre artiste
montréalaise

 

 



PROMENADES

Visitez les bâtiments anciens et nouveaux de la Cité Multimédia


 

 

L A   B I E N N A L E   D E   M O N T R É A L   2 0 0 2
Tél. : (514) 288-0811
Téléc. : (514) 288-5021
courrier@ciac.ca
ciac@ciac.ca