BRUNO PEINADO (FRANCE)

Bruno Peinado, OK-KO, 2001
Peinture émail sur bois

Bruno Peinado est né à Montpellier, France, en 1970.

Il vit et travaille en France et aux États-Unis.

   Démarche artistique

Bruno Peinado, L'heure de la decision historique est venue, 2000


L'oeuvre de Bruno Peinado pour la Biennale 2002

Bruno Peinado
Basses révolutions
« Au premier abord, les expositions de Bruno Peinado ressemblent à de vastes chaos que le visiteur est invité à arpenter, sans repères ni sémaphores. Des dessins, des wall paintings, des objets sur des socles, d'autres sur le sol, des néons, des mannequins, des graffitis, des affiches, des vidéos. Univers tentaculaire et proliférant dans lequel toute notion de hiérarchie, toute imposition de sens ou de parcours sont bannis. Apologie du discontinu, de l'éclatement, du fragmentaire, du choc visuel et de la contradiction, le travail de Peinado s'oppose en tous points aux unités de temps et de lieu comme aux unités de sens et de pensée. Suivant la logique paradoxale du divers et du déracinement, l'artiste s'appuie sur l'incertitude, le refus de tout système, le rejet de l'authenticité et de la transparence pour proposer, à l'instar de l'écrivain antillais Edouard Glissant, une " poétique du chaos ", toujours en mouvement, perpétuellement inachevée.

Enfant d'émigrés - sa mère est martiniquaise, son père pied noir marocain ; son grand-père maternel " aurait été ", selon la légende familiale, le premier " noir colon ", énarque envoyé dans les colonies africaines comme inspecteur des impôts) -, Bruno Peinado se trouve de fait, comme tous les métisses, dans une position presque ontologiquement bancale, décalée. " Quand on est métisse, on a à la fois du sang d'esclave et du sang de colon ", remarque-t-il? Tout son travail plastique relève de cette ambivalence et de cette impossibilité fondamentale d'adhérer à tel ou tel système de pensée. Face à la culture dominante dont il se sent toujours un peu exclu, face à la logique binaire qui sous-tend l'organisation du monde, l'artiste a donc choisi une stratégie autre, celle du divers, de l'hétérogène, de la mise en relation, sur un mode qui ne relève ni de l'affrontement, ni même de l'opposition, mais de l'infusion et de la contamination aléatoire.

Au MAC, la première salle d'exposition revendique d'emblée la couleur : l'entrée est signalée par un pare-soleil de voiture sur lequel deux mains gothiques soutiennent un arc-en-ciel, avec l'inscription " Rainbow Warrior " (allusion sibylline au " Rainbow Nation ", symbole de l'Afrique du Sud). Tout autour de la salle, Peinado a réalisé un arc en ciel à la peinture dégoulinante, au rouleau, comme pour figurer un fil d'Ariane approximatif et incertain. Contre un mur, l'inscription " Bâtard " est découpée, en lettres blanches, avec la typographie du célèbre " Hollywood " (reste d'un projet non réalisé qui devait prendre place sur les montagnes entourant Marseille). Comme dans la publicité, quelques i mac trônent sur des socles tournant sur eux-mêmes. Mais ceux de Peinado sont en céramique, ce qui leur donne l'aspect artisanal et kitsch des objets en céramique de Vallauris. Un vélo BMX est " customisé " façon Harley Davidson, affublé d'objets chromés, une pin-up, un aigle, des lanières de cuir. Un nain de jardin barbu, en djellaba et babouches, lève le poing à la façon des Black Panters. Sur tous les murs, des dessins, esquisses, peintures et inscriptions diverses : Peinado s'empare des images, des logos et des codes visuels qui appartiennent à la mémoire collective ; il les redessine à la main, comme pour les re-marquer, mais le plus souvent à l'envers - toutes les inscriptions sont de même inversées -, en leur ajoutant parfois des petites modifications. Ici, un tract réalisé par un Black Panter en 1968, qui représente un dollar à son effigie, avec l'inscription " One vote " ; là, des images d'archives de l'époque coloniale représentant les mutilations diverses infligées aux voleurs ; un tatouage fait sur le cou d'un condamné à mort représentant des pointillés et l'inscription " Coupez ici " ; Nelson Mandela portant une couronne d'épine, le drapeau algérien repeint avec des paillettes, etc. L'autre salle est sous le signe du gris - le gris, par essence, la couleur du métissage : un arc en ciel en niveau de gris (Rainy cities) ; un mobile à la Calder réalisé avec des têtes de mort (allusion à une affiche de mai 68 sur les mensonges des médias, dont les phylactères se transformaient en têtes de mort) ; des plaques de verre figurant les touches d'ordinateur " OK " et " Annuler " (la logique binaire, implacable de l'informatique) ; une flèche d'ordinateur modélisée et posée par terre ; un mannequin représentant un skater, allongé sur le sol et baignant dans une flaque de sang (pièce réalisée en collaboration avec Virginie Barré) - le skater, symbole de la fluidité contemporaine abondamment utilisé par les médias et les agences de communication, est ici vu dans l'envers du décor - ; des carnets d'aquarelles projetés sur les murs, clins d'oeil ironiques aux carnets rapportés d'Orient par les voyageurs (écrivains, artistes) au 19è siècle, et aux diaporamas des touristes contemporains : les aquarelles de Peinado sont des tracts, prospectus et objets divers, accumulés plus ou moins malgré lui au gré de ses déplacements et redessinés à l'envers.

La démarche de Peinado relève, dans une certaine mesure, de la cartographie : dessiner un territoire, c'est déjà se l'approprier ; mais le dessiner à l'envers, c'est le remettre en jeu, dans des directions autres que celle qu'impose la culture dominante. Le fait-main, l'approximatif, les coulures de peinture sont des manières de se libérer par rapport aux modèles, et de suivre des lignes de fuite. En faisant subir aux signes et aux images qui nous traversent quotidiennement des modifications, des petites dérivations, Peinado ajoute des niveaux de lecture tout en altérant légèrement les significations, et fait en sorte que ces signes, ni tout à fait autres, ni tout à fait les mêmes, repartent bancals, incodables, inclassables.

Façon de lutter silencieusement contre la standardisation généralisée qui atteint la culture, le social et l'économie, cette poétique du chaos est encore une manière de délégitimer toute chose, de sortir de la logique de la genèse et des mythes fondateurs, créateurs d'absolus, pour tenter d'échapper aux pensées systémiques et aux entreprises de nomination qui organisent le monde ; le détour et la démesure comme principes de résistance.  »

(Elisabeth Wetterwald)
MAC - Galeries contemporaines des Musées de Marseille
29 juin - 30 septembre 2001
NU, vol.III, n°6/01

LISTE DES ARTISTES


ARTS VISUELS

  David Blatherwick

  Cai Guo-Qiang

  Casagrande
     & Rintala


  Colette

  Marcel Dzama

  Graham Gillmore

  Betty Goodwin

  Angela Grauerholz

  Daniel Guzman

  Mathew Hale

  Anton Henning

  Cisco Jiménez

  Koganezawa
     Takehito


  Lux Lindner

  Corinne Marchetti

  Jorge Luis Marrero

  François Morelli

  Claudia & Julia Müller

  Alain Paiement

  Bruno Peinado

  Ed Pien

  Jean-François Prost

  John Scott

  Kiki Smith

  Siphay Southidara

  Barthélémy Toguo

  Torolab (Raúl &
     Marcela Cárdenas)


  Pablo Vargas-Lugo

  Vedovamazzei
  (S. Scala & S. Crispino)


  Jean-Luc Verna

  Fabien Verschaere



INTERVENTION
LUMINEUSE

  Michel Iorio



PERFORMANCE

  Cees Krijnen



 

 

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